21 octobre 2008
J'ai l'angoisse légère
Voilà, pas moyen de s’en tirer, on s’en va vers l’hiver de force. Il pleut, il fait froid, il vente, les feuilles jonchent le sol comme des cadavres en décomposition, la dépression nous guette, bref c’est la merde. Cela revient chaque année mais je ne m’y ferai jamais. Même après 400 ans de présence en Amérique, je ne suis pas certain que les rejetons des colons français (ne pas confondre avec les français colons qui sont plus récents) ne s’y soient jamais fait. Peut-être les autochtones qui sont là depuis plus longtemps et vivaient en symbiose avec la nature (pis quoi encore ?) s’y sont t’ils fait, mais en fait je n’en sais foutrement rien.
Enfin il faudra bien survivre, serrer les dents et attendre le printemps…
Je viens de terminer le roman J’ai l’angoisse légère de Francine Noël, quatrième et dernier ( ?) volet d’une série débutant avec Maryse, puis Myriam première et enfin La conjuration des bâtards. C’est à sa parution en 1983, j’avais alors 27 ans, que j’ai lu Maryse. Immédiatement je suis tombé sous le charme de cette histoire d’un groupe de jeunes intellos québécois dans le maelstrom des années 70. J’étais amoureux de Maryse, mais aussi de François Ladouceur et de tous les personnages de la tribu qui prenait vie sous la plume de Francine Noël. Évidemment je me reconnaissais dans ces personnages, je NOUS reconnaissais plutôt car mes amis et amies se retrouvaient aussi derrière les protagoniste du roman et ma tribu était semblable à la tribu de Maryse O’Sullivan. J’ai souvenir d’avoir parlé seul dans mon petit logement de la rue De Normanville en lisant ce livre, et quand je dis parler je dois dire aussi m’exclamer, sangloter, exulter, et ralentir ma lecture vers la fin de peur de quitter trop vite ma gang de chums. J’ai retrouvé à peu près le même plaisir avec Myriam première, mais déjà il y avait couples et enfants ce qui était plus loin de mes préoccupations, et un volet fantastique intéressant mais qui ajoutait une distance entre ma réalité et l’imaginaire de l’auteur. Par contre La conjuration des bâtards m’a laissé plus indifférent, car j’étais loin de la vie de ces petits-bourgeois intellos du Plateau, de ces écrivains, avocats, professeurs, bref j’avais pris une autre tangente.
Alors j’avais un peu peur en lisant J’ai l’angoisse légère de retrouver cette même indifférence face aux destins des personnages. Ce fût un peu le cas, et aussi j’ai trouvé un peu agaçant ces petits chapitres comme autant de saynètes sur les thèmes à la mode et très branchés Plateau là encore (le hidjab, les performances artistiques, etc.), et lancés sans ordres ou plan d’ensemble évident. Mais petit à petit j’avoue m’être laissé un peu charmé, ravi de retrouver certains personnages, comme des amis que l’on a pas revu depuis longtemps, qui ont pris d’autres directions et que l’on oubliera bientôt, mais qui, pendant un instant éveille en nous une certaine nostalgie.
J’ai pris la nouvelle édition de poche de Maryse à la bibliothèque, et je me demande si je vais le relire…Parfois il vaut mieux laisser les morts tranquilles et nous contenter de nos souvenirs…
